Un hôtel particulier pour un collectionneur


Jacques Doucet, vers 1913, © Ministère de la Culture (France), Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, diffusion RMN-GP

Jacques Doucet (1853-1929) commença à constituer une collection d’œuvres d’art contemporaines et du XVIIIe siècle dès la fin des années 1870, parallèlement à son activité de couturier.  D’abord installé dans un appartement au 27 rue de la Ville-l’Evêque, dans le 8e arrondissement, il décida en 1903 de mettre en valeur sa collection en se faisant édifier un hôtel particulier qui en serait l’écrin, rue Spontini, à deux pas du bois de Boulogne.

Louis Parent, Façade de l’hôtel particulier du 19 rue Spontini, Paris, 1907, reproduit dans L’Architecture, n° 37, planche 67.

En 1905 et 1906, le collectionneur prépara minutieusement son emménagement, ajustant pour cela la composition de sa collection, écartant les œuvres mineures voire fausses, et poursuivant ses acquisitions. En 1907, au moment de son installation rue Spontini, la collection de Jacques Doucet comptait quelques pièces qui faisaient la convoitise des musées comme les portraits de Duval de l’Epinoy et de Perrinet de Jars, par Maurice Quentin de La Tour ou le Projet d’aménagement de la grande galerie du Louvre et l’Incendie de l’Opéra, vu des jardins du Palais-Royal, le 8 juin 1781 par Hubert Robert. 

Hubert Robert, L’incendie de l’Opéra vu des jardins du Palais-Royal, le 8 juin 1781, vers 1781, Paris, musée Carnavalet – CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet, Histoire de Paris

Jacques Doucet confia en 1903 à l’architecte Louis Parent (1854-1909) l’exécution de son hôtel particulier. Dans cette nouvelle demeure, le collectionneur décida de mettre à l’honneur ses œuvres d’art du XVIIIe siècle : l’édifice fut conçu spécialement pour les abriter.

Plan du premier étage de l’hôtel du 19 rue Spontini, reproduit dans L’Architecture, septembre 1907, n° 37, p. 305

Louis Parent regroupa toutes les pièces de réception, destinées à la présentation de la collection de Jacques Doucet, au premier étage. Le rez-de-chaussée abritait des espaces de service, le second étage les appartements privés (chambre, chambre d’ami, salle de bain, bureau), enfin les chambres des domestiques et leur cuisine se trouvaient au 3e étage.

Adrien Karbowsky, Grand vestibule, 1906, INHA

Au premier étage le visiteur accédait d’abord à un grand vestibule, desservant une salle à manger en face de l’escalier et surtout à droite deux pièces en enfilade. Celles-ci abritaient l’essentiel de la collection de Doucet : un « salon des pastels », relativement intime, ouvrait sur un « grand salon », aux dimensions et à l’aménagement plus imposants.

Vue du grand salon, 19 rue Spontini, 1912, INHA

Jacques Doucet fit appel aux décorateurs Adrien Karbowsky (1855-1945) et Georges Hoentschel (1855-1915) pour aménager l’écrin dédié à son exceptionnelle collection de tableaux, dessins, sculptures, objets d’art et mobilier du XVIIIe siècle.

Adrien Karbowsky, Salon des pastels (détail), 19 rue Spontini, 1906, INHA

En 1906, Adrien Karbowsky dessina pièce par pièce, cimaise par cimaise, le projet décoratif pour hôtel du 19 rue Spontini, dans lequel Jacques Doucet emménagea en 1907. Chaque œuvre est soigneusement représentée et identifiable. Un ensemble de dessins conservés à la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art conserve le souvenir de cette commande de Jacques Doucet à Adrien Karbowsky.

Elisabeth Louise Vigée Le Brun, Madame Grand, 1783, New York, The Metropolitan Museum of Art – Domaine public – source : The Metropolitan Museum of Art, New York

Le décor de la rue Spontini a également été photographié et publié dans le catalogue de la vente que Jacques Doucet organisa en 1912 pour se séparer de la quasi intégralité de sa collection du XVIIIe siècle. Ces photographies, mises en regard des dessins d’Adrien Karbowsky, permettent de mieux comprendre l’aménagement intérieur de l’hôtel de la rue Spontini.

Vue du salon des pastels, 19 rue Spontini, 1912, INHA
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